"Improcadabra" à l'Oriental-Vevey"
Inédit - Trois artistes prêts à tout inventer et risquer sur scène, pour la beauté du jeu et le bonheur du public. Improvisation, magie et musique, la sauce prend toute seule.
"On s'est dit qu'on ne savait pas ce que ça allait donner ce spectacle", une remarque en passant de Benjamin Cuche, embarqué dans une expérience inédite avec Magico et Malcolm Braff. Sur les thèmes récoltés parmi les spectateurs, les trois compères, chacun dans son style, embraient la machinerie d'un sketch. Benjamin manque à l'appel mais, dans un mouvement de drap, réapparaît du coffre magique où Magico s'efface.
Impro tricotée de magie
Qui a demandé la danse orientale ? C'est simple: un mari amoureux friand d'une nouveauté d'alcôve. Mais c'est un voyage en Egypte que préfère sa belle. Grosses valises dans le désert et l'aimée file à l'anglaise avec le chamelier... La spectatrice désignée comme traîtresse reçoit mystérieusement une carte d'adieu. Au jeu de lettres lancées dans la salle, on aboutit à "puer" comme les merguez de l'émigré, qui grillent sans dommage sur la tête de Benjamin. Un des tours fumant de Magico.
Dans les boîtes à surprise du magicien, il y a le magnifique lapin noir que Benjamin adopte comme son meilleur ami et engage sans hésitation, comme ultime porte-parole d'un Chirac découragé. Bon comédien, le rongeur fait des mines sur le discours que lui souffle son maître. Faute de félin, c'est Benjamin qui fait le chat malin et méfiant devant les cordes qui se nouent et dénouent sous son nez. Sur les rythmes et les mélodies habilement enchaînées par Malcolm Braff, Benjamin, l'homme invisible dans sa petite maison, apparemment vidée et transpercée, raconte imperturbablement sa petite vie tranquille.
Une touche d'hypnose
C'était un soir, à l'Oriental, et unique comme les suivants. Une mélange délicieux de spontanéité, d'humour et de virtuosité. Magico joue des cartes dans un dialogue silencieux de télépathie avec Benjamin qui invente un conte sur un trois de pique ou un dix de carreau cachés. Plus fort encore, ou savamment simulée, l'hypnose de Benjamin installé entre deux chaises et qui retrouve alors le fil de la filandreuse histoire de "l'évolution de Charles-André". En crescendo, c'est l'amour trahi qui mène au crime, à l'évacuation du mort dans un sac... où le criminel se retrouve finalement ficelé au fond du fameux coffre. Mais comment dire la complicité rieuse des trois artistes qu'aucun sujet ne démonte, la vivacité des répliques et des pirouettes de Benjamin, fabuleux homme de scène et moteur de cette expérience surprenante et réussie qui semblait d'abord le mariage de la carpe et du canard.
Mireille Schnorf
Photo : Cuche, magico et Braff, un trio de choc pour une expérience inédite.